L’euthanasie,

vers de dangereuses dérives

Prof. Thierry de Barsy et al.
Universitat Catòlica de Lovaina
Presentat a la Junta directiva de la FEAMC. Barcelona, 20/XI/04

La banalització del concepte d'eutanàsia mina els fonaments de la nostra democràcia, quan deixa la societat incapaç de garantir la vida dels seus membres més indefensos -nens, vells i discapacitats psíquics.


L’attitude de nos sociétés par rapport à la vie humaine est en train de changer de façon à la fois rapide et radicale. Des franges de plus en plus larges de la population estiment que certaines vies humaines, qu’il s’agisse d’embryons, de fœtus ou de personnes souffrant de handicap ou de maladies graves, ne méritent plus d’être respectées et prises en charge en toute circonstance. Certains, comme Mme Jeaninne Leduc (VLD) et M. Paul Wille (VLD), proposent de fournir un cadre légal au suicide assisté et d’étendre la dépénalisation de l’euthanasie aux déments et aux mineurs d’âge. Nous marchons à grands pas vers une banalisation de l’euthanasie : celle-ci est de plus en plus perçue par le public comme un acte médical répondant au droit d’un patient à obtenir qu’il soit mis fin à sa vie.

Remarquons tout d’abord que l’euthanasie n’est pas un acte médical, même si seul un médecin peut la pratiquer. L’euthanasie consiste à mettre intentionnellement fin à la vie d’un patient à sa demande. L’euthanasie n’a donc pas pour objectif de soigner ou de soulager les souffrances du patient mais – exclusivement – sa disparition. Un tel acte est contraire au serment d’Hippocrate et à tous les codes de déontologie médicale, y compris en Belgique. Il est pour le moins paradoxal qu’un médecin accomplisse, dans l’exercice de sa profession, un acte contraire à sa promesse solennelle de préserver et de protéger la vie humaine en toutes circonstances. 

L’euthanasie, il faut le rappeler, transgresse un interdit fondateur de toute civilisation : « Tu ne tueras point ». La transgression de cet interdit, même dans des conditions limitées et spécifiques, revient à miner les fondements mêmes de notre démocratie. Celle-ci se fonde en effet sur le respect de l’autonomie et de la liberté individuelles. La vie en est une condition indispensable ainsi que le soulignent avec force des philosophes contemporains comme Jürgen Habermas et Leon Kass, en accord avec toutes les grandes traditions religieuses, chrétienne, juive, musulmane et bouddhiste.

Dans cette perspective du respect de la vie humaine, la loi actuelle suscite de graves inquiétudes. A fortiori, tout assouplissement ou élargissement de la loi actuelle, en particulier aux mineurs d’âge et aux déments ne saurait être acceptée. Elle serait un pas de plus vers une banalisation de l’euthanasie et l’accoutumance de notre société à l’idée qu’il existe des vies humaines qui ne valent pas la peine d’être vécues, des vies qui ont dès lors moins de valeur que d’autres vies qui répondent à certains critères de qualité. La vie de tout être humain quel que soit son état de santé, de handicap ou de souffrance conserve toute sa dignité et doit être respectée. Ceci implique que notre société, dans son ensemble et dans un esprit de solidarité, est tenue de prendre en charge de façon humaine et responsable tous ceux qui se trouvent dans une situation de grande détresse.

L’euthanasie, il importe d’y insister, n’est pas un droit subjectif : si un patient a le droit de demander l’euthanasie, il n’a pas droit à voir cette demande satisfaite. Si l’euthanasie était considérée comme un droit subjectif, ceci impliquerait l’obligation pour un médecin ou une institution d’accéder à toute demande d’euthanasie, dans les conditions prévues par le législateur. Comme l’euthanasie n’est pas un droit subjectif, l’application de la loi actuelle ne saurait être interprétée comme une obligation d’accéder à une demande d’euthanasie. Un médecin ou une institution qui refusent de pratiquer l’euthanasie n’enfreignent forcément pas la loi, de la même manière que quelqu’un qui ne conduit pas n’enfreint pas le code de la route.

Toute personne, si elle le souhaite, doit pouvoir être accueillie dans une institution qui offre la garantie de ne pas pratiquer l’euthanasie. Pour cela il faut que de telles institutions puissent continuer à exister. Dans ces institutions, on mettra nécessairement tout en oeuvre pour soulager les souffrances et fournir un accompagnement médical, affectif et spirituel adéquat. Il serait inadmissible que des pressions financières, voire morales, soient exercées sur des médecins ou des institutions pour les forcer à pratiquer l’euthanasie, un acte qui, encore une fois, n’est pas un acte médical et ne saurait être conçu comme s’inscrivant dans le cadre ou le prolongement des soins palliatifs.

Le respect des patients implique qu’ils aient accès à une information correcte et complète de la part des médecins et des institutions de soins. Celles-ci ont le devoir de faire savoir clairement et publiquement si elles accèdent ou non aux demandes d’euthanasie. Elles doivent également faire connaître les dispositions prises en matière de projet thérapeutique, de soins palliatifs et d’accompagnement des malades en fin de vie ainsi que les procédures suivies lors d’une demande d’euthanasie. Dans un domaine aussi important, la plus grande transparence s’impose. 

L’euthanasie ne saurait en aucun cas être considérée comme un moyen de supprimer la douleur et d’éviter la prise en charge des patients en fin de vie. L’expérience nous montre que non seulement des soins médicaux appropriés, mais aussi l’écoute et l’amour témoignés par l’entourage du malade, suppriment presque toutes les demandes d’euthanasie. Les soins palliatifs, c’est-à-dire les soins de confort et de soulagement de la douleur en fin de vie, de même que l’écoute et l’accompagnement psychologique des patients, doivent être développés avec le soutien des pouvoirs publics, et cela dans toutes les institutions. Prenons conscience de nos responsabilités sur les plans individuel, familial et collectif vis-à-vis des personnes en proie à des souffrances insupportables : c’est par l’attention et les soins prodigués que nous répondrons de façon véritablement humaine à leurs attentes et non en mettant fin à leur vie.

 

Thierry de Barsy (médecin, professeur UCL), Olivier Depré (philosophe, professeur UCL), Mia De Schamphelaere (sénateur CD&V), Philippe de Diesbach (biologiste, chargé de recherche FNRS-UCL), Herman De Dijn (philosophe, professeur KULeuven), André Geubel (médecin, professeur UCL), Michel Ghins (philosophe, professeur UCL), Fernand Keuleneer (avocat, membre suppléant de la commission fédérale de contrôle et d’évaluation de l’euthanasie), Chantal Lefebvre (médecin, professeur UCL), Wilfried Martens (président du parti populaire européen, ministre d’état), Hugo Vandenberghe (sénateur CD&V, professeur KULeuven), Fernand Van Neste (membre de la commission fédérale de contrôle et d’évaluation de l’euthanasie), Herman Van Rompuy (ministre d’état).

Pujar